Cette rubrique est consacrée à la théorie du document.

Zacklad, M., (2015). Genre de dispositifs de médiation numérique et régimes de documentalité, dans L. Gagnon-Arguin, S. Mas, D. Maurel (dir.), Les genres de documents dans les organisations, Analyse théorique et pratique, PUQ, Québec (p. 145-183),

https://www.academia.edu/30823408/Genre_de_dispositifs_de_m%C3%A9diation_num%C3%A9rique

2007 - Documentarisation processes in Documents for Action (DofA): the status of annotations and associated cooperation technologies, Computer Supported Cooperative Work, Volume 15, Numbers 2-3 / June, 2006, pp. 205-228.

https://www.academia.edu/30823416/Documentarisation_processes_in_Documents_for_Action_DofA_the_status_of_annotations_and_associated_cooperation_technologies

2004 - Processus de documentarisation dans les documents pour l'action

http://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/documents/1209-processus-de-documentation-dans-les-documents-pour-l-action-dopa.pdf

(l'article initial sur la documentarisation daté de 2004 - note l'erreur dans la notice de l'ENSSIB -> documentation au lieu de documentarisation)

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Document pour l’action et documentarisation

Dans cette rubrique figurent un certain nombre d’articles décrivant ma vision du document, considéré comme un artefact médiateur à dominante sémiotique inséré dans des flux transactionnels. Cette vision est marquée par l’importance considérable prise de nos jours par les documents pour l’action numérisés (DopA) mis en partage à travers le web dans un contexte grand-public ou intra-organisationnel. Dans notre théorie du document, celui-ci est défini comme une production sémiotique retranscrite ou enregistrée sur un support pérenne et ayant fait l’objet d’un processus de documentarisation.

Cette théorie du document a été appliquée à de nombreux domaines. Dans celui de l’entreprise, en proposant une théorie communicationnelle et documentaire des technologies de l’information visant à décrire le système d’information, dans le domaine des usages grands public (utilisation des TIC par les publics migrants) ou dans le cadre de préoccupations citoyennes (relations entre gouvernance et espaces documentaires participatifs).

Historique et présentation des articles

Ces travaux ont été initiés en 2003 et ont bénéficié d’un contexte favorable marqué par trois projets pilotés par le regretté département Sciences et Technologies de l’Information et de la Communication (STIC) du CNRS (malheureusement dissous quelques années après sa création) :

  1. Projet MEDIANNOTE « Annotations numériques collectives pour la gestion des connaissances dans les activités coopératives », que nous avons dirigé et auquel participaient Jean-François Boujut, Myriam Lewkowicz, Amalia Todirascu, Françoise Darses, Françoise Détienne, Jean-Marie Burkhardt et les doctorants Gaelle Lortal, Flore Barcellini et Sylvie Guibert, financé par le programme CNRS TCAN (Traitement des Connaissances Apprentissage et NTIC)
  2. Le Réseau Thématique Pluridisciplinaire Document (RTP. DOC), animé par J.M. Salaün, qui a produit plusieurs textes collectifs sous le nom de R. T. Pédauque auxquels nous avons contribué de façon modeste, textes qui sont disponibles dans l’archive ouverte « Archive Sic » http://archivesic.ccsd.cnrs.fr/ (ou en livre chez C&F Edition « Le document à la lumière du numérique »).
  3. L’action spécifique « Pratiques Collective Distribuées et Technologies de la Coopération » que nous avons co-animé avec Bill Turner et Claude Henry sociologues au LIMSI en 2002-2003.

Ces différents projets nous ont conduit à problématiser la notion de Document pour l’Action (DopA) pour rendre compte des processus d’écriture collectifs dans les sites interactifs mis à disposition via internet (forum, wiki, blog…) ou intranet (mêmes systèmes complétés par des fichiers annotés transmis par la messagerie…).

Document pour l’action et documentarisation

C’est à l’occasion du colloque de Montréal « Le numérique : Impact sur le cycle de vie du document pour une analyse interdisciplinaire » les 13-15 Octobre 2004 que nous avons développé notre définition du document basée sur le concept de documentarisation, introduit la notion de co-production sémiotique et fait le lien avec la problématique des transactions communicationnelles symboliques (un sous-type de transaction coopérative) en redéfinissant les mécanismes ou stratégies de coordination que nous avions commencé à étudier dans notre article de 2000 consacré aux « Transactions Intellectuelles » (cf. la rubrique sur les transactions coopératives). Une version retravaillée de cet article a été publiée dans le numéro spécial du CSCW Journal consacré aux Pratiques Collectives Distribuées (Distributed Collective Practices).

Théorisation communicationnelle et documentaire des TIC

L’autre volet théorique de notre travail a porté sur l’analyse communicationnelle et documentaire des Technologies de l’Information et de la communication. Ce projet répondait à une commande de B. Reber et C. Brossaud pour leur ouvrage « Humanités numériques. Nouvelles technologies cognitives et concepts des sciences sociales » chez Hermes Sciences Publishing (HSP). Une première version longue a été déposée en 2006 sur Archivesic et présentait pour la première fois les différentes étapes des transactions inspirées de la sémiotique de Greimas et une analyse originale des flux transactionnels. L’article final, plus synthétique est daté de 2007. Il resterait à exploiter ce travail plus avant dans le domaine des Systèmes d’Information (une spécialité des sciences de gestion dénommée en anglais « Management Information Sciences »).

Usages grand public et citoyens (et définition de la redocumentarisation)

La réflexion sur les communautés d’imaginaire a été initiée à l’occasion de l’édition de l’ouvrage multilingue piloté par notre collègue norvégien Niels Windfeld Lund, « A Document (Re)turn ». Niels a été également pendant plusieurs années l’organisateur des rencontres Docam à Berkeley (The annual meeting of The Document Academy) où ce texte a été présenté et il a beaucoup contribué à renforcer les liens avec la communauté francophone dans le cadre du RTP Document. L’article « Réseaux et communautés d’imaginaire documédiatisées », réinterprète la notion de communauté virtuelle en lui substituant celle de communauté documédiatisée, des communautés dont le lien principal est organisé par l’écriture, la lecture, l’écoute et/ou le visionnage de documents numériques entretenant un imaginaire commun. Les communautés prises en compte dans le texte sont notamment des communautés migrantes une préoccupation correspondant à nos collaborations avec le CIRAD et le Sénégal.

C’est dans cet article que figure notre présentation des deux définitions de la notion de « redocumentaristaion » qui est cœur de la conceptualisation du collectif Pédauque et à laquelle J.M Salaun fait référence dans son Blog. Selon notre définition, basée sur le concept de documentarisation que nous avons introduit dans l’article de 2004, redocumentariser c’est :

« documentariser à nouveau un document ou une collection en permettant à un bénéficiaire de réarticuler les contenus sémiotiques selon son interprétation et ses usages à la fois selon la dimension interne (extraction de morceaux musicaux pour les ré-agencer avec d’autres, ou annotations en marge d’un livre suggérant des parcours de lecture différents…) ou externe (organisation d’une collection, d’une archive, d’un catalogue privé croisant les ressources de différents éditeurs selon une nouvelle logique d’association). »

Selon l’usage pédauquien :

« le préfixe « re- » suggère « à la fois un retour sur une documentarisation ancienne et une révolution documentaire ». Cette révolution est associée à divers phénomènes : transformation rapide des relations sociales, évolution des traditions documentaires, intégration des niveaux personnels et collectifs en lien avec les média de masse. »

L’article « Espace documentaire participatif et gouvernance » a également son origine dans une proposition de projet piloté par le CIRAD à l’initiative de Patrick Caron et Sylvie Lardon destiné à réaliser une comparaison internationale des dispositifs de gouvernance territoriale dans un contexte de Développement Durable. Cette proposition a notamment débouché sur une session « Concepts et outils de gouvernance territoriale » à la manifestation conjointe « Congress of the European Regional Science Association (47th Congress) and ASRDLF (Association de Science Régionale de Langue Française ». Dans cet article nous problématisons les notions d’espace documentaire participatif (cf. également la thèse en cours de Thomas Martine à l’ANDRA et son texte sur les Média Participatifs) et de documentarisation auctoriale, éditoriale et diffusionnelle en exploitant les travaux sur les Systèmes d’Organisation des Connaissances participatifs (folksonomies, ontologies sémiotiques…) présentés par ailleurs (cf. la rubrique Web 2.0). Nous évaluons ces espaces documentaires et les formes de documentarisation associées au regard des critères de décision en incertitude dans des forums hybrides proposés par Callon, Lascoumes et Barthes (2001).

Annotations

Le premier article sur les annotations collaboratives est un article collectif présentant un premier état des réflexions issues du projet Médiannote (cf. supra). La notion de Document pour l’Action a été présentée une première fois lors de l’atelier « Connaissances et Documents » organisées par le GRACQ à Paris en 2003.

La réflexion sur les annotations, qui est une des matérialisations du processus d’écriture collective, a par ailleurs, donné lieu à la publication d’un livre en collaboration avec Pascal Salembier chez HSP (Hermes Sciences Publications), « Annotation dans les documents pour l’action », à l’intérieur duquel nous proposons notre vision actualisée des différents types d’annotation. Ces travaux ont également donné lieu à un chapitre collectif issu d’un atelier du RTP Document consacré à ces questions.

Collaboratoires en SHS (collaboration entre scientifiques, partage de corpus en sciences humaines et sociales)

La recherche scientifique a également été profondément marquée par le développement du Web dont elle est d’ailleurs à l’origine (si internet est né dans les projets financés par la DARPA aux USA, le Web est né au CERN, en Europe). La communauté scientifique a constitué le premier modèle de communauté épistémique internationalement distribuée coopérant intensément à travers la médiation de l’écrit et donc du document. Après les physiciens (d’abord au CERN), les biologistes, puis progressivement l’ensemble des communautés scientifiques ont exploités massivement le média Web. Si les Sciences Humaines et les Sciences de l’Homme l’ont découvert plus tardivement, notre hypothèse est que son impact peut être potentiellement plus grand encore que dans les sciences de la nature ou de l’ingénieur. En effet, les documents y sont non seulement un moyen de communication mais souvent la matière première des enquêtes conduites dans ces disciplines.

Les réflexions conduites en France sur cette question on été stimulée par le projet de grand équipement Adonis, d’abord sous l’impulsion d’Andréa Iacovella puis sous celle de Yannick Maignien. Au sein de l’équipe Tech-CICO, nous avons abordé cette question dans le cadre de la recherche doctorale de Goritsa Ninova, sous la direction d’Hassan Atifi et en collaboration avec Christophe Lejeune. Les transparents que nous présentons (dans la rubrique articles), sont une première tentative de caractérisation des environnements de collaboration scientifique (collaboratoires, ou « collaborative laboratory ») largement caractérisés par le travail sur un corpus documentaire au sens où nous le définissons :

« une archive structurée de documents sélectionnés et/ou produits de manière systématique pour permettre le déroulement d’une enquête. »

Après cette caractérisation, nous tentons de montrer les apports du web socio-sémantique à la coopération entre scientifiques en SHS à travers des corpus. L’opportunité de cette présentation nous a été fournie par l’invitation de Gérard Wormser au séminaire « Economie politique de l’édition numérique » de l’ENS Lyon.

Travaux collectifs

Une autre partie importante de mes recherches sur la théorie du document et l’approche communicationnelle et documentaire des TIC ont été réalisés avec des collègues (outre ceux déjà cités, Gérald Gaglio, Nicolas Prat, Aurélien Bénel…), et doctorants (Thomas Hirsch, Cécile Payeur, Samuel Parfouru, Mohamed Sriti, Thomas Martine…) et ont donné lieu à des publications collectives. Nous ne présentons ici qu’un petit nombre d’entre elles.

  • L’article rédigé avec Nicolas Prat (professeur à l’ESSEC), présenté à l’AIM 2006 (conférence nationale dans le domaine des systèmes d’information de gestion) propose une modélisation de la coordination médiatisée par les Documents pour l’Action pour faciliter l’animation de communautés.
  • Le premier article publié avec Gérald Gaglio dans « Sciences de la Société » (Maître de Conférences en sociologie dans l’équipe Tech-CICO), exploite l’approche des transactions coopératives médiatisées par des documents pour l’action (des diapositives numériques) comme un analyseur de la dynamique des relations professionnelles à l’intérieur d’un service marketing.
  • Le second publié à avec Gérald et Michel Marcoccia (également Maître de Conférence à Tech-CICO), élargit la réflexion à la question des documents pour l’action particuliers que sont les diapositives numériques qui constituent à la fois un type d’écrit particulier (« écrit théâtral ») et un corpus ressource stratégique pour les actions organisationnelles.
  • L’article présenté à la conférence CIDE avec Cécile Payeur fait le point sur ses travaux conduits aux NMPP (Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne) dans le contexte de la recherche d’une convergence entre supports papier et numérique dans la diffusion des documents d’actualité. Il s’agit d’une application originale de la théorie du document permettant de mettre en évidence différentes formes de médiations allant de la production sémiotique originale à la diffusion.